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lundi 14 octobre 2013

Un police d'écriture cursive pour les enseignants : analyse critique

Cet été, le ministère de l’éducation nationale a mis à disposition des enseignants deux modèles de polices de caractères spécialement dessinées pour l’enseignement de l’écriture cursive. Vous trouverez ces modèles sur le site eduscol.
écriture cursive

A première vue ,cette initiative est la bienvenue. J'ai toujours observé dans mes échanges avec les enseignants du primaire qu'ils sont nombreux à se plaindre de l'absence de directives claires sur l'enseignement de l'écriture cursive, sans parler même de formation. Chaque fois que je fais une conférence, il y a des enseignants dans la salle : aucun ne lève le doigt quand je demande s'ils ont eu une formation dédiée à l'enseignement de l'écriture cursive.

Donc a défaut d'instructions, un modèle de police de caractère pour l'écriture cursive semble une bonne idée. Hélas, il faut avouer que ce modèle présente quelques défaut. Suite à nos échanges, une de mes collègues a publié une analyse (assez critique) de ces problèmes sur son site : écriture-paris

De mon point de vue, le fait d'avoir confié le travail de création de ce modèle d'écriture cursive à des typographes est la source de bien des erreurs : la contrainte de créer une police de caractère (où chaque lettre doit avoir exactement la même forme quelle que soit la lettre précédente et la lettre suivante) est difficilement compatible avec la fluidité nécessaire pour le geste d'écriture. Dans ce modèle d'écriture cursive la lettre commence à mi-interligne, la boucle du e est "cassée" (apraxique dans notre jargon), les formes des lettres m, n, v, w, y, s'éloignent des modèles habituels, la réglure est différentes du seyes. Autant de raisons qui rendent ce modèle d'écriture cursive difficile à suivre pour les élèves, voire pénalisant pour mettre en place l'automatisation du geste d'écriture. Dommage.

Un modèle à prendre avec beaucoup de recul, donc. Comme ma collègue, je ne saurais recommander aux enseignants d’utiliser cette police de caractères comme modèle d’écriture.

dimanche 6 octobre 2013

7ième journée des dys

Je participerai à la "7ème journée des "Dys" organisée par les associations AADA (dysphasie),
APEDA (dyslexie) et DFD Alsace qui aura lieu le samedi 12 octobre 2013
au Pôle Formation de la CCI à Strasbourg. N'hésitez pas à venir m'y poser vos questions.

La journée des dys a pour objectifs:
  •   Faire connaitre les troubles de l'apprentissage : dyslexie, dysphasie, dyscalculie, dyspraxie, dysgraphie...
  • Alerter l'opinion sur ces troubles de l'apprentissage dont souffrent beaucoup d'enfants et d'adultes : pour faire un premier pas vers le repérage de ces troubles et donc vers une prise en charge adaptée.
  • Informer les professionnels impliqués (dans les rééducations, dans les apprentissages...) mais également les familles concernées, les entreprises...
  • Sensibiliser par le biais par exemple des ateliers "Dans la peau d'un Dys"
  • Témoigner
  • Rencontrer des professionnels, des associations, des parents...
Le programme :

Tout au long de la journée :
des stands d'informations : les associations, les partenaires institutionels, les praticiens (médecins, ergothérapeutes, orthophonistes, orthoptistes, psychologues, psychomotricien, et ...votre rééducatrice de l'écriture), mais aussi les acteurs de la formation et de l'insertion professionnelle, les éditeurs spécialisés.

des ateliers pour se mettre dans la peau des dys

des conférences :
» “Être Dys au quotidien” par le Dr REVOL
» “Les signes d'appels chez le jeune enfant”
» “Dis moi ce que l'on fait dans l'Académie”

La journée des dys est ouverte à tous.
Plus d'informations sur le site officiel :  http://www.journee-des-dys-alsace.com

mercredi 4 septembre 2013

Comment tenir son crayon?

geste d'écriture dysgraphique
En illustration, un beau dessin d'une main tenant fort mal un crayon :

main crayon dysgraphie
Mauvaise tenue de crayon

Sur cette illustration nous avons un poignet cassé, soulevé, avec le crayon pointant perpendiculairement à l'axe du bras. Cette position très fréquemment rencontrée au cabinet de rééducation engendre crispation et douleurs.
Rappelons que le poignet ne doit pas être cassé, qu'il est en contact permanent avec la table, que le crayon pointe dans l'axe du bras, et que la main doit impérativement se trouver sous la ligne d'écriture (et non sur la ligne, comme sur l'exemple ci-dessus).

Voyez-vous la différence ?


main crayon dysgraphie
Bonne tenue du stylo



mardi 3 septembre 2013

Mal tenir son crayon

Pour écrire de façon fluide et sans douleur, il est crucial de bien tenir son crayon, car existe une position qui est bien plus efficace que les autres. Lorsqu'il y a une difficulté avec l'écriture cursive, il faut donc commencer logiquement (le plus souvent) la rééducation de l'écriture par la remédiation de la tenue du crayon.

lundi 2 septembre 2013

Ecriture cursive et trisomie


trisomie et écriture
Les personnes possédant trois chromosomes 21 peuvent elles bien écrire? La réponse est évidemment oui. Une récente étude montre que la qualité des tracés et les temps de production des adultes avec une trisomie 21 se caractérisent par un niveau d’efficience comparable aux enfants de même âge de développement mental. Les adultes trisomiques étudiés ne présentent pas par ailleurs de déficit graphomoteur spécifique. Mais comme pour d'autres apprentissages, le parcours des enfants trisomiques va être nécessairement différent.




Un enfant trisomique présente des différences de latéralisation, de tenue de crayon et de repérage spatial par rapport à d'autres enfants qui vont rendre son apprentissage de l'écriture nécessairement plus difficile. Je vous propose ici un petit résumé des spécificités de ces enfants vis à vis de l'apprentissage de l'écriture cursive.

Tout d'abord l'enfant trisomique a une morphologie et un développement particulier de la main, qui va grandement influencer sa tenue de crayon : La main est plus petite, plus large, plus trapue. Les doigts sont courts, surtout le cinquième et le pouce. Le squelette de la main de l'enfant trisomique 21 est constitué de 23 os au lieu de 27 (voir Chumlea 1979, Erhardt, 1982, Edwards, 1995). Le pouce est en général positionné plus bas, et il existe souvent une déviation du cinquième doigt très caractéristiques, avec parfois un seul pli de flexion ( et une absence de la deuxième phalange). En général, les articulations de la main sont très mobiles. Compte tenu de l’absence, de la petite taille ou de la croissance lente de certains os du carpe, on a supposé que cela pouvait modifier les arcs de la main qui sont fondamentaux dans les fonctions de préhension et de stabilité de la paume de la main, conditionnant la liberté des doigts. L’hypotonie des muscles de la main peut limiter l’utilisation manuelle, diminution motrice qui en retour affecte le système des arcs de la main.

L’évolution de la préhension de l’enfant trisomique est semblable à celle des autres enfants jusqu’à l’âge de 3 ans. Puis l’hypotonicité et l’absence de pli palmaire entrainent une destruction de la prise «pince», une imprécision du geste et une réduction de la sensibilité. A terme, on observe une chute de la qualité de la préhension à l’âge ou il découvre le crayon...

Naturellement, l'enfant trisomique développe une tenue de crayon haute et immature avec une prise palmaire (toute la paume de la main tient le crayon). La pression est en général excessive et la crispation de la main sur le stylo gène la progression.


L’hypotonie musculaire et l’hyperlaxité ligamentaire modifient également la motricité manuelle. Les capacités de discrimination tactile et le déliement digital sont également plus faibles. On observe donc peu de corrections et nécessairement une répétition plus élevée des erreurs.

Le développement de la latéralisation se fait en général plus tard, vers 8 ans au lieu de 4 ans habituellement.

La lenteur, caractéristique des enfants trisomiques, retentit sur toutes les étapes du mouvement. L’exigence de vitesse détériore donc les performances de l'écriture cursive.

L’enfant trisomique présente généralement des postures inadéquates dues à des anomalies de statique (ex : tenue de tête) et des différences sensorielles. Les positions d’équilibre exigeant un contrôle visuel constant, il leur est alors difficile de mobiliser précisément des segments de leur corps ne se trouvant pas dans le champ visuel. Or nous savons que la posture joue un rôle clef dans le geste d'écriture.

On note aussi des difficultés d’appréhension de la gestion statique l’espace graphique: l'enfant trisomique ayant parfois des stratégies de recherche peu organisées, une négligence de certaines portions de l’espace et une faible perception des rapports spatiaux. La réduction de l’anticipation mènera à la production de lignes fluctuantes, de marges peu marquées et d’un faible respect des espaces inter-mots.

Le travail de rééducation de l'écriture devra s’appuyer sur les domaines déficitaires chez ces enfants :

- les capacités visuo-constructives et spatiales :
Il s’agit de renforcer la discrimination et la connaissance des orientations et relations spatiales qui sont à mettre en lien avec leurs difficultés d’appréhension de l’espace et leurs erreurs de distinction de lettres.


- la mobilité des doigts, du poignet, et la tenue de l’instrument scripteur.
L’objectif est de les mettre dans une situation qui nécessite une mobilisation différente des doigts et du poignet, et d'entraîner à la formation des boucles.


- les variations de pression.
L’utilisation d’un pinceau chinois et de l’encre, permet de diminuer et de mieux contrôler la pression excessive chez ces enfants. Les variations de pression sont alors visibles sur la trace, ce qui permet un feedback visuel particulièrement efficace. On peut également n'utiliser que le contrôle proprioceptif du mouvement (yeux fermés) afin de faire ressentir ce mouvement. L'usage du criterium (dont la mine casse rapidement sous la pression) permet de compléter ce travail.

Pour l’enfant trisomique, l’écriture est une tâche fastidieuse, la rééducation doit donc être ludique et le niveau de difficulté des exercices progressif. Il est important de laisser un temps suffisamment long au maintien d’un apprentissage particulier chez ses enfants. Il faut prêter attention au fait que les enfants trisomiques présentent moins d’attrait pour la nouveauté et ont parfois des réactions négatives à la surprise. Les changements amenés doivent donc être progressifs et expliqués à l’enfant qui bénéficiera d’un temps nécessaire de manipulation et d’habituation au support.

Il est important d’être attentif au fait que, lors de la prise en charge, si l’adulte se met face à l’enfant, celui-ci, par imitation, va avoir tendance à utiliser sa main gauche, en miroir de ce que fait l’adulte. C'est pourquoi il faut éviter le travail en face à face.


Pour aller plus loin :

  • Le site de ma collègue Celia Cheynel : www.reeducation-ecriture.com fournit quelques conseils aux parents.
  • Le mémoire de Cecile Legardeur de l'institut de psychomotricité de Toulouse fournit des éléments explicatifs sur la rééducation de l'enfant trisomique à la base de cet article
  • le site integrascol fournit les éléments pour les enseignants devant intégrer ces enfants différents à la classe
  • Grandir à l'École est une association loi de 1901, qui pour objectif de promouvoir la scolarisation en milieu ordinaire des enfants handicapés mentaux notamment ceux porteurs de trisomie 21
  • Quelques explications sur la rééducation de l'écriture (attention, dans le cas d'un handicap comme la trisomie, les durées de rééducation de l'écriture sont forcément plus longues, et les résultats différents)
Bibliographie :





    vendredi 23 août 2013

    Anne-Gaël Tissot rééducatrice en Alsace

    Anne-Gaël Tissot est rééducatrice en Alsace depuis 2011.

    Localisée à Obernai, au sud de Strasbourg, elle consulte à son cabinet au sein de "La passerelle", une structure regroupant Orthophonistes, Psychologue, Orthoptiste, Ostéopathe et rééducatrice de l'écriture.

    L'adresse? 113 rue du général Gouraud 67210 Obernai.



    jeudi 27 juin 2013

    Précoce et dysgraphique

    M. est un jeune homme brillant, scolarisé en 5ème. Enfant à haut potentiel, il a sauté une classe en primaire. Comme beaucoup d'enfants précoces, l'écriture a toujours été un problème pour lui : écrire est un acte qui prend beaucoup trop de temps, et qui ne lui sert pas à grand chose puisqu'il n'a pas besoin d'écrire pour retenir ses leçons. Au collège, ses résultats sont toujours aussi bons, mais son écriture est devenue illisible. Pour lui permettre de continuer ses études dans de bonnes conditions, M utilise depuis le début de l'année un ordinateur en classe, ce qui lui convient beaucoup mieux que le traditionnel stylo. Malgré tout, même s'il n'a pas l'intention d'abandonner l'ordinateur en classe, il reconnaît que dans certaines situations il est bien pratique de pouvoir écrire. A ce titre, il a souhaité entreprendre une rééducation pour récupérer une écriture lisible.

    Voici le résultat de ses efforts, sur une durée de rééducation de 4 mois, soit 6 séances en tout. En haut, un extrait de son écriture en cours d'histoire début janvier, en bas un extrait de son cahier de physique début mai.

    Tout n'est pas parfait, mais l'objectif est atteint : M. peut prendre des notes lisibles au collège à la vitesse exigée par son niveau scolaire.